Avis de censure - Pourquoi ce titre-là ?

Fontaine-l’Evêque, le 14 mai 2007

Madame la Ministre,


Concerne : émoi au sein de notre association suite à votre courrier concernant l’Atlas de la création

Vous avez envoyé il y a peu un courrier mettant en garde le personnel des bibliothèques publiques contre le contenu d'un ouvrage qui fait, depuis quelques mois, l'objet d'une large diffusion auprès de celles-ci. Ce livre, dites-vous, n'a pas sa place dans les collections d'institutions reconnues par la Communauté française.

Notre association professionnelle de bibliothécaires et documentalistes ne peut rester indifférente à pareille mise en garde. Notre première réaction fut un grand étonnement. Nous avions perdu l'habitude de telles démarches... L'histoire de la Lecture publique est longue et nous ne reviendrons pas sur les périodes où les responsables politiques passaient au crible les propositions d’achat des bibliothécaires, même si, très près de chez nous, certains responsables locaux se réservent encore le droit de dresser des listes d’une part d’ouvrages non conformes et d’autre part de documents nécessaires à l'endormissement de leurs concitoyens.

Pourquoi ce livre-là ? Nous ne pouvons nous résoudre à croire que c'est parce qu'il est distribué gratuitement. Nous espérons que vous ne pensez pas que cela représente un risque pour les bibliothécaires qui seraient tentés de fermer les yeux sur un contenu douteux afin d'enrichir leur fonds (de fiction) et de respecter ainsi à peu de frais les quotas légaux (il est vrai que les temps sont durs pour les bibliothèques...). Par ailleurs, d’autres ouvrages font l’objet d’envois massifs et gratuits. Nous ne pouvons imaginer que le Ministère a mis sur pied une cellule de veille et que ce titre est le premier d’une longue liste rouge des livres interdits en Lecture publique en Communauté française.

Le contenu de ce livre et le mouvement qui y est lié feraient-ils réagir épidermiquement dans le contexte socio-politique actuel ? Une pareille mise en garde a-t-elle été envoyée quand le même auteur publiait un ouvrage négationniste ? Ou quand d’autres auteurs niaient de la même façon d’autres vérités scientifiques ? Quelle peur révèlent ce traitement exceptionnel et cette directive sans précédent ?

Pourquoi la censure ? Cela soulève de grandes questions qui appartiennent à notre quotidien de bibliothécaires. La censure s'est-elle jamais avérée efficace contre le succès des propos obscurantistes ? N’existe-t-il pas d'autres méthodes pour mettre à l'épreuve les raisonnements douteux et la mauvaise foi ? Selon quels critères fonde-t-on cette censure ? Cette censure concerne-t-elle aussi le site internet de l'auteur en accès libre dans nos bibliothèques ?

Cette bibliothèque publique expurgée de tout ouvrage non conforme nous fait-elle rêver ? Remplira-t-elle mieux ses missions ? C'est le quotidien des équipes que de définir les lignes directrices de leur politique d'acquisition, de l'ajuster au fil de l'édition et, quand il y a lieu, d'appliquer les dispositions légales éventuelles comme celle qui interdit la diffusion de tracts racistes. Jusqu'ici la confiance était accordée aux responsables locaux et les politiques d'acquisition laissées au libre arbitre des bibliothécaires.

Pourquoi nous donner la parole au cours de journées de réflexion, si vous nous dispensez de cette réflexion en quelques lignes, qui pourraient presque passer inaperçues tant il vous semble évident, fondé et juste de les écrire ?

En démocratie, il y a des lieux où débattre du fondement de tels propos, de leur légitimité, de leur légalité.

Dans tous nos choix, actions, nous sommes guidés par la philosophie de l'arrêté : « favoriser... l'exercice d'une citoyenneté responsable, active et critique, impliquant une prise de conscience et une connaissance critique des réalités sociétales, des capacités d'analyse, de choix d'action… » La censure nous paraît être le meilleur moyen de s'écarter de cet état d'esprit.

Notre priorité, humblement et avec une énorme ambition aussi, est de fournir les ressources qui permettront d'alimenter ce débat, de connaître mieux ses « amis » tout comme ses ennemis, sans se substituer ni à la loi ni à l'esprit critique de nos usagers.

Nous pensons que, si un débat sur la politique d'acquisition en bibliothèque publique doit avoir lieu, à l'échelle d'une Communauté, ce n'est pas par le biais de courriers ponctuels, émotifs et aléatoires qu'elle se fera mais bien par la rédaction collective d'une charte déontologique. Et l’A.P.B.D. est partante…

Nous vous remercions pour l’attention que vous avez portée à nos propos et nous vous prions de croire, Madame la Ministre, en notre considération distinguée.

 

Pour l’A.P.B.D., sa présidente, Laurence Boulanger

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