3 jours au Forum mondial de la langue française

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Du 20 au 23 juillet 2015 se déroulait à Liège le 2ème Forum mondial de la langue française.

Intitulé « Créactivez-vous », l'objectif du Forum était de présenter la créativité comme moteur de l'innovation francophone. Ouvert aux jeunes de 18 à 35 ans et aux porteurs de projets, le Forum était l'occasion de mettre en avant la force et l'énergie de la jeunesse de la francophonie. L'APBD m'a offert l'opportunité de participer à cet événement riche en découvertes et en recontres.

 

 

Le FMLF, un espace d'expression mondial pour les jeunes francophones

Le Forum mondial de la langue française est un rassemblement international initié par l'OIF, regroupant des artistes, des créateurs et des promoteurs de la langue française, mais aussi des jeunes de tous horizons préoccupés par le devenir de la langue. Après une première édition en 2012 à Québec, c'était au tour de la cité ardente d'accueillir cet événement international. La visée du Forum était de réfléchir ensemble aux enjeux et à l'avenir de la langue française, dans un contexte de diversité culturelle et linguistique forte, et de donner la parole aux jeunes francophones.

Pour cette deuxième édition, l'accent était mis sur la créativité. L'innovation était entendue au sens large, pas seulement sous ses aspects de développement économique et technologique, mais aussi en tant que vecteur de développement culturel et social. Ce théme se déclinait plus particulièrement autour de 5 grands axes :

  • l'éducation : utiliser les TIC pour améliorer l'enseignement du français et d'autres matières ;
  • l'économie : valoriser l'innovation créative, la créativité numérique et l'approche transdisciplinaire ;
  • la culture et les industries culturelles : valoriser la culture, acteur économique et social important ;
  • la relation entre langue et créativité : promouvoir les industries de la langue et leur usage dans les TIC ;
  • la participation citoyenne : réinventer son espace de vie, appliquer les principes du développement durable.

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Plus concrètement, le Forum

À mon arrivée à Liège lundi soir, le constat est frappant : toute la ville a été repensée pour mettre en lumière le Forum. C'est l'occasion de revisiter Liège autrement. Des rubans rouges « flottent » partout en ville, depuis les Guillemins jusqu'à la place Saint-Lambert. Ils symbolisent le réseautage permis par cet espace d'expression.

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Je me rends directement au Théâtre de Liège pour récupérer mes badges, avant d'assister à la surprenante représentation de LaboMix. Le concept ? En 12 jours, 9 artistes (qui à la base ne se connaissaient pas) ont créé un spectacle mêlant les arts à la technologie. Des acrobates, jongleurs, danseurs et créateurs son et vidéo nous transportent dans un univers totalement psychédélique. Un écran placé au fond de la salle permet par exemple de dédoubler les gestes des acrobates : en plus de les contempler au sol, leur image est retransmise sur l'écran avec des effets visuels et sonores. La combinaison des effets permet d'offrir des scènes parfois comiques, parfois mystérieuses, mais toujours surprenantes. Un très court extrait est proposé ci-dessous.

 


Le mardi 21 juillet est l'occasion pour les centaines de participants d'apprendre qu'il s'agit de notre fête nationale (les carbonnades flamandes et le Wallon'burger servis à midi sont en tout cas là pour le rappeler). La cité ardente n'a pas pour coutume de sortir les grands apparats pour l'occasion, la ville préférant les festivités du 14 juillet. De la sorte, Liège semble presque déserte ce mardi. Presque, car des centaines de participants se promènent dans la ville, repérables avec leur tour de cou et leur sac aux couleurs des Diables.  

Mardi et mercredi, le Forum est construit de telle sorte que les échanges soient dynamiques et constructifs. À côté des conférences et débats plus traditionnels, une centaine d'ateliers interactifs sont proposés par petits groupes. Des animations culturelles et des expositions sont également prévues. À la Cité Miroir par exemple, il est possible de visiter le village de l'innovation ((imprimantes 3D, robot, etc.). Le FMLF s'impose aussi comme un véritable espace de réseautage. En plus des échanges informels et des partenariats noués ici et là, une plateforme Francollia a été mise en place. Il s'agit de rencontres d'entreprises Nord - Sud avec des rendez-vous individuels en face à face pour accompagner les jeunes entrepreneurs. 

Pour ma part, j'ai eu l'occasion de participer à plusieurs ateliers relatifs à différents axes du Forum :


- Mardi matin, j'ai découvert le projet vietnamien « Destinations francophones » visant à promouvoir en français la ville de Dà Nang. Des lycéens sont amenés à créer des produits touristiques (affiches, dépliants, vidéos, comptes Facebook, etc.) en français présentant leur ville. En plus de développer leur apprentissage du français, cela donne une réelle visibilité à la ville qui n'avait jusqu'alors pas réellement de place sur la toile francophone. De plus, cela pousse les habitants de la région qui s'intéressent au projet à apprendre le français afin d'y participer. L'idée serait d'étendre le projet à d'autres villes, d'abord au niveau national puis à l'international.


bibliotram- J'ai ensuite écouté la présentation de l'action BiblioTram. Comme son nom l'indique, il s'agit d'une initiative visant à installer des bibliothèques publiques fixes dans des stations de tramway à Casablanca. Pour le moment, l'action n'a lieu qu'une semaine sur l'année et a été lancée il y a 2 ans. Lors de la première édition, les ouvrages étaient proposés directement dans les trams (sur les sièges etc.), ce qui fait que les utilisateurs des transports ne comprenaient pas toujours le concept. Soit ils repartaient avec les livres, soit ils n'osaient pas les toucher. Lors de la 2ème édition, il a donc été décidé d'installer des points de prêts dans une dizaine de stations. Les statistiques montrent qu'il y a eu 870.000 passages en une semaine et que 120% des ouvrages ont été restitués ! L'objectif est désormais de prolonger le projet en terme de durée et, au niveau géographique, de l'étendre à d'autres moyens de transport et à d'autres villes. Il est aussi question de proposer une bibliothèque virtuelle avec des ouvrages consultables dans les trams mais non téléchargeables.


- L'après-midi, j'ai découvert un jeu de simulation passionant intitulé « Intime conviction » conçu par deux jeunes Belges. Le temps d'un jeu, notre groupe d'une dizaine de participants a dû se mettre dans la peau d'un juré en Cour d'assises. Ce « simulateur de prise de décision » constitue un exercice de rhétorique très intéressant puisqu'il permet de pratiquer le débat, de produire un argumentaire et de prendre des décisions collectives. Le jeu ouvre également l'esprit et permet de faire l'expérience du choix, de l'intime conviction, et de voir à quel point cette situation peut nous mettre mal à l'aise (va-t-on condamner un innocent ? est-il bien coupable ?). Cette expérience s'est totalement intégrée dans le cadre du Forum car le jeu met en relation les émotions, l'intime conviction, la participation citoyenne et la pratique du français. Il serait d'ailleurs question de proposer ce jeu en classe de FLE si les financements suivent : durant le jeu, les apprenants ne se rendent même plus compte qu'ils pratiquent le français tant ils en ont besoin pour défendre leurs arguments. 

 

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- Mercredi matin, j'ai assisté à un atelier mettant en lumière les interactions entre le français et les autres langues. Quatre porteurs de projets ont présenté de quelle manière il était possible d'utiliser différentes langues pour les enrichir communément et comment faire en sorte de continuellement (re)créer un français actuel. Yves Biaou du Bénin nous a d'abord présenté l'Ouliaf, l'Ouvroir de la littérature africaine (un groupe de littérature potentielle qui utilise les ressources des différentes langues nationales et de la langue française pour un usage commun, soumis à diverses contraintes et méthodes). Ensuite, Jean Marcellin Manga Lebongo du Cameroun a parlé du camfranglais, un mélange des langues régionales, du français, de l'anglais, du latin, etc. Katia Eliane a quant à elle présenté ses recherches sur les termes arabes insérés dans les romans en français d'auteurs libanais. Elle a montré les différents moyens déployés par les auteurs pour désambiguïser ces termes (comme les compléments du nom, les deixis, les anaphores, etc.). Enfin, Djibril Goudiaby a présenté un extrait de la pièce « Je suis sénégaulois », dans laquelle il utilise des expressions françaises provenant d'un peu partout à travers le monde. Il a montré par là que la langue est exploitable à l'envi pour véhiculer sa culture. 

- Mercedi après-midi, j'ai pu assister à un dernier atelier portant sur le thème femme et normalisation. Après une intervention sur les concepts de norme et sur l'organisation ISO, le cas concret du Cameroun a été présenté avec le Comité National Femme et Normalisation. Il nous a été expliqué de quelle manière il était possible de rendre l'entreprenariat féminin compétitif au moyen des normes pour un développement économique durable. 


C'est ici que se sont terminés ces trois jours de créactivité. Je concluerai autour d'un mot : diversité. Le terme est fort car il a caractérisé l'ensemble du Forum, véritable carrefour des cultures. Près de 1200 jeunes venus d'un peu partout à travers le monde ont participé au Forum, représentant une centaine de nationalités (y compris des pays n'appartenant pas à la francophonie institutionnelle). Une attention particulière avait été portée à la représentation des pays du sud. Il a été montré tout au long du FMLF que la langue française est une richesse, qu'elle nous unit et nous permet de découvrir d'autres cultures par-delà nos diversités. Le discours n'était pas celui d'une « guerre » face à l'hégémonie de l'anglais mais plutôt celui des bienfaits du pluralisme linguistique, de la cohabitation des langues et cultures. La capacité d'ouverture, le dynamisme des participants et le foisonnement d'idées sont les grands points qui m'ont marquée, de même que la volonté de tous d'être acteur de la francophonie d'aujourd'hui et de demain. J'ai été agréablement surprise de voir à quel point des centaines de jeunes qui n'ont pas forcément le français comme langue maternelle souhaitent le défendre et le promouvoir et vivent comme une chance le fait de pouvoir le parler et le faire vivre.

Je remercie l'APBD de m'avoir offert l'opportunité de prendre part à cet événement d'exception !

Charlotte Docquier, coordinatrice de l'APBD

 

Photos : Flickr de forumfrancophonie et page Facebook Forum Mondial de la Langue Française

 

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