Retour sur le congrès annuel de l'ABF

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Le congrès annuel de l’ABF avait lieu à Strasbourg du 11 au 14 juin dernier sur le thème « Inventer pour surmonter : bibliothèques en tensions ».

Votre présidente y était…

 

« Inventer pour surmonter : bibliothèques en tension ». Françaises comme belges, les bibliothèques ont pour l’instant bien des tensions à surmonter, raison sans doute du succès massif du congrès de l’ABF qui a réuni à Strasbourg du 11 au 14 juin dernier plus de 700 personnes, du jamais vu lorsque le congrès a lieu en province (à moins que les charmes de l’Alsace…). Il serait difficile de résumer un ensemble foisonnant d’interventions variées. Nous épinglons donc de manière subjective quelques pistes glanées dans l’une ou l’autre session.

 

 

Légitimer

En ces temps incertains, la place de la bibliothèque demande à être légitimée, d’une part, dit François Dechamps (DGA Culture Annecy) lors d’une session intitulée « C’est quoi votre boulot ? », auprès des politiques pour qui la bibliothèque rester le plus souvent un bâtiment onéreux où l’on choisit, encode puis prête des livres. À l’heure de l’approfondissement du champ d’action, la fonction du bibliothécaire présente des similitudes avec celle du directeur des affaires culturelles (qui peut d’ailleurs lui être d’un soutien précieux) : le spécialiste des généralités. Il doit inscrire sa bibliothèque dans une politique culturelle concertée, être réactif, force de proposition et de débat et enfin créer des moments où les élus sont sollicités, sensibilisés.

Mohamed Bouali
(directeur Médiathèque Île-Saint-Denis) rappelle qu’il faut aussi légitimer la bibliothèque auprès des partenaires, faire (re)connaître l’institution outil de rayonnement de la ville, porteuse de valeurs universelles et signe d’inclusion. Cette question de sens doit passer par l’équipe et permettre de la décomplexer : la médiathèque est un espace commun qui crée société autour de ses savoirs, un carrefour de politiques d’insertion, d’éducation, de formation. Le levier partenaire ancre la bibliothèque dans la cité et aide à toucher divers publics. Pour réussir un partenariat et inscrire peu à peu l’action de lecture publique dans un réseau, il faut être utile au partenaire, formaliser la collaboration et connaître l’environnement, les moyens, méthodes et missions de chacun, définir des objectifs, un budget, un calendrier et évaluer l’efficacité… Il est donc conseillé de construire les profils de fonction autour des partenariats (qui sera le référent pour… ?).

F. Deschamps et M. Bouali

F. Deschamps et M. Bouali 

 

Innover

Olivier Zerbib (sociologue) prend en compte notre contexte d’incertitude, de numérisation, d’évolution des publics (plus diversifiés, plus inégaux entre eux, plus participants) et nous éclaire :  l’apparition de tensions – l’impression d’être toujours dépassé ou la fin du consensus – est révélatrice d’une innovation en cours : celle-ci n’est autre que le produit de comportements ordinaires, la construction de sens par des arrangements nouveaux d’acteurs du réseau, elle se termine quand le consensus et les évidences reviennent, quand les tensions retombent. Une bonne institution innovante a développé une attitude de réflexion sur soi, elle se pose sans cesse des questions sur qui elle est, ce qu’elle fait ; elle a défini ses valeurs (collectivité ? lien ? projet ? créativité ?...), travaillé sur la diversité de points de vue et identifié les étapes qui attestent de la réussite. Pour clore une controverse, on revient aux principes généraux acceptés par tous ; le bien commun doit remplacer la transaction.

Olivier Zerbib

Olivier Zerbib 

 

Gérer le temps

Sylvie Deville (directrice adjointe BU Lorraine) nous partage son expérience de fusion de 26 bibliothèques universitaires sur un territoire de 200 kilomètres de long et autant de large. Fusionner n’a pas pour but un gain de temps mais bien  une position concurrentielle stratégique et des économies d’échelle. Alors le temps tout à la fois se dilate et se contracte. D’un côté, la communication est plus rapide grâce au SIGB unique, au serveur partagé ; du temps est gagné grâce à l’externalisation du catalogage et de l’équipement et à l’harmonisation de pratiques administratives. D’un autre côté, il faut résoudre les questions liées à la fusion du point de vue social (conditions de travail…) et les rencontres souhaitées pour la coordination transversale avalent du temps en trajets. Enfin, le temps des usagers n’est pas celui des bibliothécaires : les lecteurs restent attachés au « local » et prennent peu en compte l’idée de réseau mais la fusion a accru la demande de consommation, d’espace et de conseil, les heures d’ouverture se sont élargies et le prêt entre sites va démarrer bientôt… avec quels délais de livraison ?

Autre expérience : celle de Mélanie Villenet-Hamel (directrice BDP Hérault) face à un changement de destination de sa bibliothèque (BDP devient BDP + 1000 mètres carrés de consultation et animation pour un grand public… enthousiaste). La problématique de l’équipe déchirée entre deux fonctions, de l’épuisement des agents, des multiples réunions de crise n’ont pu trouver une issue que lorsqu’ont pu être mis en place, pour les agents, d’une part des ateliers de co-construction participative autour de grands thèmes, en petits groupes puis en grands groupes votant pour prioriser les idées, et d’autre part des réunions hebdomadaire d’information cadrées, minutées, strictement efficaces.

 

M. Villenet et S. Deville

M. Villenet et S. Deville

 

Communiquer

Dans une session consacrée à la question de la concurrence, Lylette Lacôte-Gabrysiak (chercheuse) pointait l’auto-concurrence de la bibliothèque en ligne et le risque de dilution du bibliothécaire dans le web. Pour elle, la seule solution réside dans la communication mais une communication qui repose sur quatre points : la notoriété (faire savoir qu’on existe, qu’on offre des services souvent gratuits), l’image (faire aimer, faire agir, « liker » ou venir), la communication interne afin que les promesses faites à l’externe soient tenues par toute l’équipe, la cohérence sur la durée où la communication accompagne une stratégie d’établissement (missions, valeurs, enjeux) et s’est défini un modèle (sur quoi communiquer ?)


Ce congrès a offert bien d’autres richesses en sessions variées, en rencontres informelles, en visites intéressantes (y compris le salon professionnel regroupant des fournisseurs choisis pour leur lien étroit avec la bibliothèque) et même en moments festifs. Il est un temps de ressourcement, de débat, de prise de recul sur son métier et les enjeux nouveaux qui le traversent, de confrontation de ses pratiques avec celles de collègues… Nous ne pouvons que vous inviter à inscrire dans votre agenda le rendez-vous 2016 : du 9 au 12 juin à Clermont-Ferrand !

 


Françoise Dury, présidente

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