L'Intime Festival, Chapitre 2 : souvenirs entre rires et larmes

 

En ce dernier week-end du mois d'août, le Théâtre Royal de Namur ouvrait ses portes pour accueillir la seconde édition de l'Intime Festival, organisé par l'asbl VentDebout, et dont Benoît Poelvoorde est le fondateur et le directeur artistique. Entouré de Chloé Colpé chargée de la programmation et de Sylvie Balul, conseiller littéraire et responsable des mises en lecture, le comédien réussit son pari de partager avec le plus grand nombre sa passion pour les livres et la lecture. Plus de 4000 spectateurs enthousiastes ont participé à cet événement convivial, qui fait la part belle à la littérature, sans oublier les autres formes d'art, comme le cinéma, la photographie ou le graphisme.

 

intime

 


A travers le choix des textes lus et des personnalités invitées, le comédien namurois se dévoile pudiquement, entre rires et larmes, mélancolie et bonne humeur. Lectures, débats, rencontres, témoignages se succèdent devant un public ravi et attentif, venu goûter le plaisir de lire, de regarder et d'écouter. L'acte personnel et intime de lire se transforme ici en moments de plaisir collectif et d'émotions partagées. Et de l'émotion, il y en a eu ! Longue salve d'applaudissements pour un Michael Londsdale, au corps si malmené, mais qui, du haut de ses 83 printemps, réussit à émouvoir une salle comble, en lisant Le livre de ma mère d'Albert Cohen. Ce récit autobiographique dresse le portrait bouleversant d'une femme qui a consacré l'entièreté de sa vie à son fils. Emotion aussi en entendant la voix douce de Dominique Blanc lisant Les années d'Annie Ernaux, en présence de l'auteure enchantée et d'un Benoît Poelvoorde discret, incapable d'articuler un mot, tant il était ébranlé par la prestation de la comédienne. Emotion encore à l'écoute du formidable Michel Vuillermoz, faisant (re)découvrir aux spectateurs médusés Les promesses de l'aube de Romain Gary. Envoûtant ! Emotion toujours face à Edouard Baer racontant avec sobriété la souffrance dépressive de William Styron dans La part des ténèbres. Anne Consigny s'est brillamment confrontée au Barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras. Et Charles Berling a tiré des larmes à plus d'un-e spectateur-trice en prenant possession du texte de Marcel Cohen, Sur la scène intérieure. Un témoignage poignant, qui évoque avec force et tendresse les quelques rares souvenirs collectés par l'auteur sur les membres de sa famille enlevés sous ses yeux par les Nazis quand il était enfant.

 

 

intime2

Benoît Poelvoorde, Annie Ernaux et Dominique Blanc .

 


Les lectures-rencontres furent tout aussi intéressantes et captivantes. Un brin frustrantes aussi, car il était impossible d'assister à l'ensemble de la programmation. Tom Lanoye nous a livré un spectacle hilarant en lisant des extraits de son dernier roman Troisièmes noces, tragi-comédie où un vieil homosexuel se voit proposer contre une somme d'argent un mariage blanc avec une jeune africaine sans papiers. Autre moment fort, le même Tom Lanoye partageant sa carte blanche avec le poète flamand Charles Ducal, fraîchement élu Poète National, titre décerné pour la première fois par les trois communautés linguistiques du pays. Ce prix a été créé à l'initiative du Poëziecentrum de Gand, de la Maison de la Poésie et de la langue française de Namur et du Vonk en Zonen d'Anvers. L'occasion de lectures bilingues et d'une discussion passionnée avec le public sur la langue et la traduction ainsi que sur l'idée de pays et de culture sans frontière. Il fut aussi question de citoyenneté lors de l'autre carte blanche, offerte à Noël Godin, qui a fait éclater de rire toute la salle par ses choix d'extraits de films. Contestataire dans l'âme, l'entarteur a ensuite invité sur scène les féministes de Femen pour une courte performance audacieuse, en signe de protestation contre la (très controversée) loi anti-mendicité votée cet été par la ville de Namur.

 

 

imtime3

Tom Lanoye.

 


Grand moment d'intensité aussi lors de la rencontre avec Florence Seyvos, qui se plia avec une douceur inquiète au jeu de l'interview (avec la journaliste Ysaline Parisis) pour son dernier livre Le garçon incassable. On y suit la destinée parallèle de deux êtres malmenés par la vie, l'acteur Buster Keaton et Henri, petit garçon différent, à travers le regard d'une narratrice discrète et fragile.


Le festival a également permis à de jeunes auteurs de se faire connaître du public. La namuroise Hedwige Jeanmart est venue présenter son premier livre, Blanès, lors d'une longue entrevue avec Frédéric Tadeï. Le roman se passe dans une station balnéaire non loin de Barcelone où l'écrivaine vit depuis plusieurs années. Entre réalité et fiction, il raconte l'histoire d'Eva, déboussolée suite à l'étrange et soudaine disparition de l'homme qu'elle aime. Si le thème de la perte est central, on y parle aussi de fanatisme littéraire, via l'écrivain chilien Roberto Bolaño auquel les habitants de cette petite ville de la Costa Brava vouent un véritable culte. Un texte entre drame et légèreté, au ton juste, touchant, subtil et drôle.


Deux Américains étaient aussi à l'honneur. Le Texan Bruce Machart (1970), très remarqué pour son premier roman Le sillage de l'oubli, signe aussi un recueil de dix nouvelles sur le thème de l'absence et de la faille intérieure. La force et la puissance évocatrice de l'écriture font penser à Faulkner ou McCarthy. L'entretien était animé par Geneviève Simon (La Libre Belgique) en présence d'une interprète. Autre coup de coeur du festival, le Californien Paul Beatty (1962). Avant tout poète et slameur, il a écrit trois romans dont American Prophet. Publié il y a dix ans, le texte vient seulement d'être (magnifiquement) traduit en français par Nathalie Bru. Un roman coup de poing, qui pourfend les préjugés et la censure tout en prônant la tolérance. Violent et drôle. L'auteur afro-américain, très décontracté, dit écrire parce qu'il est "trop apeuré pour voler, trop laid pour devenir acteur, trop faible pour se battre et trop nul en math pour être physicien." Répondant à une question d'Hérade Feist (Arte Journal) sur les récentes et dramatiques émeutes dans le Missouri, le poète s'enflamme contre les médias et en profite pour égratigner Obama, plus préoccupé, selon lui, de son image et de faire la guerre au loin, que de régler les problèmes économiques et sociaux de son pays.


Côté cinéma, on a pu découvrir trois films de famille, qui interrogent le passé avec profondeur et originalité. Dans The boy is gone, Christoph Bohn tente de faire le portrait de son père et de dévoiler un terrible secret de famille. Avec Voyage autour de ma chambre et Mort à Vignole, Olivier Smolders présente deux voyages poétiques et inattendus sur la vie et le passage du temps. Les films projetés étaient suivis d'un échange chaleureux avec les réalisateurs.


D'autres artistes ont également répondu présents à l'invitation de Benoît Poelvoorde : les auteurs Pierre Jourde, Bernard Chambaz, Matthias Zschokke, Jean-Philippe Delhomme, Christine Murillo... ; le photographe américain Doug Biggert (Sandal Shop) ; le graphiste et illustrateur français Vahram Muratyan (Paris versus New York).


Toutes les rencontres étaient accompagnées de lectures d'extraits par des comédiens belges, confirmés ou apprentis, qui ont accepté de relever le défi de la lecture à voix haute : David Murgia, Philippe Résimont, Caroline Taillet, Claudia Bruno, Stephan Ghislain, Sarsh Santkin, Elisabeth Rasson...


Un coup de chapeau à l'équipe pour cette belle idée d'installer une librairie éphémère à l'entrée du théâtre. Deux librairies namuroises, Papyrus et Point Virgule, se sont ainsi associées pour proposer une sélection d'ouvrages. Une véritable fourmilière où la foule s'est précipitée joyeusement pour acheter les livres des auteurs invités et profiter des longues séances de dédicaces.


Dernière précision appréciable et appréciée : l'Intime Festival était entièrement gratuit pour les moins de 26 ans !

 

En attendant avec impatience le Chapitre 3, les amoureux des lettres et autres pagivores sont repartis le sourire aux lèvres, la tête pleine d'images et d'envies de lectures et le sac rempli de livres à dévorer.

 

Catherine Hennebert

 

intime4

Pour en savoir plus : le site internet de l'Intime Festival

 

Crédits photos : Marianne Grimont

 

0
0
0
s2sdefault

Lettre d'information

Adresse e-mail :
S'abonner
 Se désabonner
 

Association Professionnelle des Bibliothécaires et Documentalistes.

Siège social : Chaussée de Charleroi, 85 à 5000 Namur

Bureau : rue Henri Lemaître 78 à 5000 Namur

Téléphone : 0472/94.12.05

Nous contacter 

Suivez-nous

facebook Facebook

google plus Google +

linkedin 1 Linkedin