Retour sur Cyclo-Biblio

 

Pour revivre les 5 jours exceptionnels pendant lesquels un véritable peloton de professionnels a pédalé de Bâle à Starsbourg,

nous vous proposons une interview de Pascale Mélon, administratrice de l'APBD et directrice du réseau des biblio et ludothèques de Watermael-Boitsfort.

 

 

Pascale


Pascale Mélon à la conquête des routes et bibliothèques.

 

 

D'où vient l'idée de Cyclo-Biblio ?
Cyclo-biblio est le petit frère de Cycling for libraries créé en 2011 par un groupe de bibliothécaires finlandais en quête de nouvelles formes de rencontres professionnelles. Cet événement se veut une « conférence internationale à vélo pour les bibliothécaires ». Mais l'initiative reste malgré tout ouverte à des « laïques », pour peu qu'ils aient envie de passer leur temps libre avec des bibliothécaires, dans des bibliothèques, à parler de bibliothèques...
Le second objectif est de parler davantage de lecture publique, et ce hors-les-murs, et que nous bibliothécaires (qui d'autres ?), nous nous rappelions aux élus, aux médias, aux passants... Et aussi qu'au rythme de nos coups de pédale et par l'imposante visibilité d'un joyeux peloton fluo, nous donnions quelques éléments de réponses aux affreux sceptiques qui oseraient remettre en cause l'existence des bibliothèques dans la société d'aujourd'hui !
Maintenant, pourquoi en Alsace ? Parce que le 61e Congrès de l'ABF à Strasbourg, parce que la possibilité de rouler essentiellement en vallée et enfin, parce que le pays de Gutenberg et ses bibliothèques et incunables qui valent à eux seuls une visite !

 

folder distribué aux passants 

Le folder distribué aux passants pour leur rappeler l'utilité des bibliothèques.

 

 

Pourquoi as-tu décidé de faire ce périple ?
Eh bien, étonnamment, ce n'est pas via nos canaux professionnels habituels que j'ai connu Cycling for libraries. C'est par un professeur de physique passionné de l'Athénée la Brise à Watermael-Boitsfort que j'en ai « eu vent ». Il nous avait sollicités dans le cadre de la redynamisation de la bibliothèque de son école et avait partagé son enthousiasme pour cette initiative à laquelle il a d'ailleurs participé en 2014. Son intérêt pour les bibliothèques ne datait pas d'hier, puisqu'il avait travaillé dans une vie précédente comme informaticien à la Bibliothèque Royale, et connaissait ses classiques : Otlet, La Fontaine, un certain format Unimarc... Il avait déjà donné !
Je ne pensais pas y participer avant quelques années, car le mois de juin n'est pas idéal pour prendre vacances de ses enfants en blocus, mais vu l'actualité et la manière dont en Fédération Wallonie-Bruxelles étaient traitées les institutions culturelles en général et les bibliothèques publiques en particulier (pour rappel les plus impactées par les mesures de gel budgétaire), je ressentais un sentiment d'impuissance croissant et à la fois une envie d'agir.
Alors, tandis que les différents acteurs culturels se battaient avec une plume en corédigeant une carte blanche dans un esprit de solidarité inédit, il m'a semblé opportun de multiplier les fronts et les stratégies. Et pourquoi pas en enfourchant un vélo aux côtés de voisins militants ? Mais ma participation « Last minute » doit aussi beaucoup à un ligament de Marina Deridder, directrice de la Bibliothèque communale de Jette, qui a déclaré forfait !

 

Est-ce qu'on peut déjà mesurer l'impact sur les élus, les non-publics, les médias de ces playdoyers pour les bibliothèques ?
L'édition 2015 et les précédentes ont bien été relayées par la télévision et la presse locale. Maintenant, il s'agit d'un pari, d'une campagne de longue durée. On n'en mesure pas vraiment l'impact mais par contre, on connaît trop bien l'effet de notre silence à nous bibliothèques... Il suffit de penser au sort des bibliothèques en Angleterre et en Espagne.
C'est évident que les communes, les ministères qui comptent leurs sous pensent plus facilement à supprimer des institutions discrètes plutôt que des secteurs qui font parler d'eux. Et des démarches alternatives comme celle-ci ont aussi le mérite de dépoussiérer et de raviver les couleurs de l'image même de notre institution et de notre profession.

 

 

Comment se déroulent concrètement ces "conférences à vélo" ?
Eh bien, je suis contente que la question ne soit pas « Comment as-tu trouvé les paysages d'Alsace ? », car papoter ou contempler, il faut choisir... J'imagine que comme moi avant le départ, vous vous demandez comment mener débat en peloton... En réalité vous devez parfois interrompre une conversation très prenante avec un voisin du moment, auquel s'est substitué, au passage d'un carrefour, un nouveau tout aussi aimable et avec qui vous commencez à babeler d'autre chose... On peut ensuite poursuivre les échanges interrompus quand on se recroise, au repas ou ailleurs.
Je me demandais également, par quel phénomène étrange et inconnu, un peloton de bibliothécaires serait à ce point discipliné qu'il respecterait chaque jour un thème imposé. Et de ce côté, je suis complètement rassurée. :-)

 

 

les dessous du peloton 

Les dessous du peloton.

 

 

Que retiens-tu de ce périple, de ces visites, de ces rencontres... ?
Nom d'un kouglov, il y en a des tas ! Alors à peu près dans l'ordre... Se laisser dériver sur son «Wickelfisch » dans le courant du Rhin à Bâle avec une bibliothécaire spécialiste du 3e lieu ? Parcourir l'espace ouvert, léger et lumineux de la Médiathèque de Sélestat ? Y découvrir le projet de rénovation de la Bibliothèque humaniste ? Imaginer la main qui à l'époque a reprisé avec un fil et un soin amoureux une page déchirée d'un incunable ?
Pénétrer sur l'esplanade de la Médiathèque André Malraux à Strasbourg où le directeur et deux grues accueillent le peloton, complices, l'un jouant un air de saxo devant les deux autres qui se cabrent, muettes ? Apprendre que dans telle médiathèque, on avait conclu définitivement aux méfaits des accueils de classe ? Entendre une bibliothécaire s'offusquer qu'en Belgique de l'argent de la lecture publique soit « détourné » pour organiser un service de portage de livres à domicile ? Tomber avec tendresse et étonnement sur des images de Gabrielle Vincent mise à l'honneur au pays d'Ungerer ? Écouter comment, partout, tout le temps, des bibliothécaires convaincus tentent de passer le plaisir de lire à des non-lecteurs ?
Prendre conscience concrètement de ce que signifie le mouvement Masse critique quand le lendemain, tout à coup piétonne solitaire, me dirigeant vers le Congrès de l'ABF, je me surprends à croire que le flot de voitures va toujours s'arrêter pour me laisser passer quand je traverse ? Les souvenirs ne manquent pas et je ne peux ni ne veux choisir !

 

 

arrivée à la Médiathèque A. Malraux à Strasbourg  repas de midi à la Médiathèque A. Malraux 

 Arrivée à la Médiathèque A. Malraux à Strasbourg et repas de midi.

 

 

Est-ce tu comptes à nouveau participer à Cyclo-biblio ou à Cycling for libraries ?
Oui, j'ai très envie de réitérer l'expérience et retrouver des amis des bibliothèques et... des vélos. J'ai roulé avec plusieurs casquettes, enfin casques. Ou plutôt plusieurs motivations car il est important de souligner que Cycling for Libraries, tout comme Cyclo-biblio, sont des initiatives «ouvertes », à l'esprit non gouvernemental et non organisationnel.
Mon premier moteur était personnel. Soucieuse de l'avenir de la lecture publique, je trouve que cette jeune dame mérite bien mieux qu'une baisse du revenu minimum pour ses bientôt 100 ans ! Et visiter des médiathèques en juin avec des gens qui partagent sa passion, c'est aussi un bon moyen d'épargner ses proches l'été...
En tant que directrice du réseau des bibliothèques et ludothèques de Watermael-Boitsfort, c'était également motivant de faire connaître le travail d'une équipe audacieuse, créative et étonnante, et aussi une commune qui consacre à la culture le montant par habitant le plus élevé de la Région bruxelloise et qui a compris et soutenu ma participation.
J'ai roulé aussi avec plein de pensées pour les collègues de l'APBD qui rencontraient dans le même temps la ministre aux côtés d'autres acteurs culturels pour réclamer l'application de certains décrets... L'APBD vit un réel renouveau tant par le dynamisme du CA, la qualité du travail de la nouvelle permanente que par le nombre croissant de membres. Nous nous réjouissons que les efforts portent leurs fruits et nous invitons les bibliothécaires à se rendre sur notre site pour s'en rendre compte et nous rejoindre car plus nombreux nous serons, plus forte sera notre voix ! Comme l'ABF, notre association professionnelle soutient bien évidemment Cyclo-biblio.

 

 

Est-ce qu'un jour une édition belge de Cyclo-Biblio verra le jour ?
On en revient en tout cas avec l'envie d'organiser une édition locale, chez nous bi- ou trilingue évidemment, mais aussi avec l'admiration sans bornes pour les organisateurs vus à l'œuvre durant 4 jours, car le déplacement, les repas et le logement d'un groupe de 60, voire de 100 biblio-cyclistes, ça ne s'improvise pas.
Mariel, bibliothécaire à Anvers et qui a participé à deux éditions déjà, est en train d'explorer la possibilité de coorganiser une édition en Belgique en prenant contact avec des militants via les différentes associations professionnelles, les collègues proches.... Maintenant, il reste à trouver une Lara Jovignot locale ! Profil : bénévole, sens de l'orientation et l'organisation hors pair et quelque 6 mois à consacrer à l'organisation de l'événement... Qu'elle se fasse connaître !

 

 

Lara Jovignot Lara Jovignot

Lara Jovignot, présidente de l'association française Cyclo-Biblio.

 

 

 

Les 3 belges

 Les trois Belges.

 

 

 

Présentation du projet de rénovation de la Bibliothèque humaniste 

 Présentation du projet de rénovation de la bibliothèque humaniste.

 

 

 

rencontre averc les élus à Colmar

Rencontre avec les élus à Colmar.

 

 

 

bouchons doreille

 Les bouchons d'oreille.

 

 

 

Grand route file   les conférenciers font une pause

Grand route... file ! Les conférenciers font une pause.

 

 

 

 traversée du peloton

Traversée du peloton.

 

 

 

Rien narrêtera Cyclobiblio

Rien n'arrêtera Cyclo-Biblio.

 

 

 

Bravo à Pascale pour sa participation et merci à elle pour son récit qui donnera certainement l'envie aux collègues de participer à une prochaine édition !

 

Crédit photos : @bellskinner



Pour en savoir plus sur le projet Cyclo-Biblio 2015

 

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