Journées d'étude annuelles de l'ADBDP

 

Un séjour à Montbrison, sous-préfecture du département français de la Loire (chef-lieu : Saint-Étienne), pour les Journées d'étude annuelles de l'Association des Directeurs de Bibliothèques départementales de prêt. On y cite Condorcet (1794) – pour qui la bibliothèque était l'école du citoyen – mais on a les pieds dans le présent. Le thème des trois jours rejoint les réflexions des opérateurs belges de lecture publique : le rôle social des bibliothèques.

 

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La conférence inaugurale de Jean Caune, professeur émérite de l'Université de Grenoble et ancien directeur de la Maison de la Culture de Chambéry, place d'emblée la barre de réflexion très haut : « De la démocratisation à la médiation culturelle ». Non content de rappeler les trois balises chronologiques des politiques culturelles – l'éducation populaire et la démocratisation de l'accès à l'art légitime (Malraux, 1959), l'aide au développement culturel personnel et à la création artistique (Lang, 1981), la médiation avec sa dimension de projet social et politique pour recréer du lien –, il explicite la troisième. Née dans les années nonante quand la crise sociale et la crise du politique mettent au jour les limites de la démocratisation culturelle, cette attitude-là rappelle que le public n'est pas monobloc, que la hiérarchisation des arts en arts majeurs et mineurs est sans fondement et que mélanger les publics n'est pas si simple puisque chaque public se définit par ses pratiques. De la question de la diffusion/consommation, on passe à celle de la réception et on travaille le passage de la tradition à la transmission. La question centrale devient l'appropriation de langages qui permettent d'entrer en relation avec l'autre. Telle est désormais la finalité d'un travail culturel. Dans la pratique de la médiation se retrouvent les caractéristiques de l'oralité : le « je », le « tu », l'acte au présent, le partage d'un monde de références qui permet de donner du sens (dans ses trois acceptions : sensibilité, signification et vecteur vers le futur). La nature de la culture est la mise en partage, un lieu de tension entre privé et mise en commun, entre individuel et collectif.

 

 

Jean Caune

Jean Caune, professeur émérite des universités,

ancien directeur de la maison de la culture de Chambéry.

 

 

Fabrice Chambon, directeur des bibliothèques de Montreuil, emboîte le pas à Jean Caune en nous ramenant vers notre métier. Il montre qu'aujourd'hui comme hier, l'affirmation du rôle social des bibliothèques est un facteur d'innovation en lecture publique. Comme aux belles heures de l'éducation populaire, il convient de créer des citoyens critiques et des professionnels qualifiés qui mènent une démarche pédagogique et individualisée. La médiation dépasse l'accès aux ressources et a pour but la réduction des inégalités. Les remèdes méthodologiques pour entrer en contact avec certains publics que F. Chambon développe n'ont plus de secret pour nous, bibliothécaires aguerris aux pratiques impulsées par notre décret de 2009 : les partenariats, la différenciation des démarches et la communication ciblée. L'équilibre est à trouver entre la difficulté de s'adresser à tous et les choix à poser de zones prioritaires ; il n'est pas possible d'intervenir partout et il n'est pas coupable de valoriser (et ainsi légitimer) certains publics difficiles.

 

 

Chambon

François Chambon,

directeur des bibliothèques de Montreuil.

 


Après ces apports théoriques qui planaient assez haut, des tables rondes ont permis de ramener du concret. Les BDP ont surtout puisé leur inspiration dans des expériences menées en bibliothèques municipales.


Le rapprochement institutionnel entre services sociaux et services culturels n'est pas rare en nos contrées. La réflexion française tâtonne, handicapée par le flou des missions des départements (mais nos Provinces n'en sont-elles pas là aussi ?) qui recherchent cependant tous la cohésion sociale. Sont pointés en exemple, entre autres par Laure Descamps et Stéphane Cesari (directeurs l'une de la Culture dans la Drôme, l'autre de la Culture et de la Vie sociale dans l'Isère), les liens entre politique culturelle et politique sociale tant dans les administrations (des référents sociaux dans les services culturels et v.v., des formations communes...) que dans les modes d'action (l'accompagnement par des référents sociaux des acteurs culturels qui abordent certains publics). L'épuisement des travailleurs sociaux face aux prestations sociales sollicitées en presse-bouton les pousse à renouer avec leur cœur de métier : l'accompagnement. Ils trouvent, dans le monde culturel, dans la pratique artistique, une plate-forme de rencontre en côte-à-côte, un moyen d'augmenter l'estime de soi et la citoyenneté de leurs publics.

 

 

Cesari Descamp

Stéphane Cesari, directeur général adjoint culture et vie sociale de l'Isère,

et Laure Descamp, directrice de la culture du sport et de la jeunesse, Conseil

général de la Drôme, Vice-Présidente de « culture et département ».

 


Dans ce contexte, la bibliothèque est moins intimidante, ouverte à beaucoup de catégories de population, mieux adaptée aux actions culturelles et sociales ; elle joue le rôle de maison commune, d'outil du vivre ensemble. En cela cependant, la notion de bibliothèque troisième lieu a été égratignée. La bibliothèque garde-t-elle son but de démocratisation, de lecture publique ambitieuse ? Reste-t-elle un espace public, politique, un lieu de culture commune sur le mode contributif qui a son sens dans une période de crise ? Mais, en même temps, maintient-elle sa réponse à l'attente de prescription de la part des gens ? La bibliothèque n'est pas appelée à devenir juste un confortable living-room... Si les responsables et l'équipe de la bibliothèque ne restent pas convaincus de l'épanouissement par la lecture, si le partage n'est pas la base et l'équilibre de l'établissement, rien ne peut marcher. La lecture rend acteur, sujet ; or c'est précisément là un objectif des professionnels du social qui peuvent trouver une bouffée d'air auprès des bibliothécaires.


« Notre profession se pose des questions existentielles face à internet. Or ce sont nos espaces physiques comme lieux de rencontre et de lien intergénérationnel et notre rôle social qui sont indispensables », a déclaré Mehdi Mokrane, directeur de Biblio-Savoie.

 

Françoise Dury, présidente de l'APBD

 

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