Parcours sénior : acte 2

 

Après une première journée théorique qui a permis d'en savoir davantage sur la psychologie du vieillissement, le cycle de l'APBD s'est poursuivi par une journée « de terrain » à la bibliothèque des Riches Claires. Un panel de bibliothécaires – tous plus passionnés les uns que les autres - a présenté des projets menés dans ou hors les murs en faveur des personnes âgées, en abordant tout à la fois les réussites et les difficultés rencontrées.

 

 

TIC et intergénérationnel à la bibliothèque Jean de la Fontaine

 

Simon Leunis, animateur multimédia à la bibliothèque Jean de la Fontaine d'Ath, est d'abord revenu sur les activités mises en place à l'EPN pour réduire la fracture numérique. Son constat de départ est celui d'une fréquentation majoritaire des formations de l'EPN par les séniors (80% du public) alors que cet espace ne leur est pas spécifiquement réservé. Au niveau de l'accompagnement, la bibliothèque d'Ath a d'abord proposé des modules d'initiation de 12h suivis de perfectionnements. Cependant, pour éviter des délais d'attente parfois longs et un déclin de motivation, l'animateur a désormais opté pour des formations plus légères et plus courtes. Deux initiatives sont nées de cette décision :

  • Apériclik : un apéritif qui offre l'occasion d'échanger et de canaliser les questions de l'un et de l'autre en toute convivialité.
  • Déclick : des séances de 2 heures consacrées à une thématique précise (par exemple comment vider son appareil photo, créer un logo).

Le schéma suivant permet de visualiser la progression « idéale » que pourrait emprunter l'apprentissage des TIC, tout en sachant que plus on avance, plus le risque augmente que le public ne s'embrouille.

 

initiation-perfectio

 

L'intergénérationnel, vecteur de motivation pour les différentes tranches d'âge, représente aussi une part des activités menées à la bibliothèque d'Ath. « Domptons la souris » invite par exemple les enfants et leurs aînés à collaborer en vue de reconstituer un arbre généalogique (via le site cap-eveil.fr). D'autres projets sont menés hors les murs, conjointement avec les résidents d'une maison de repos et des enfants placés en institutions, comme des recueils de poésie-slam et des ateliers kamishibaï. Le « web du souvenir » constitue une autre initiative qui croise les souvenirs des deux générations, par exemple à partir du premier souvenir d'école du jeune et de son aîné.

 

 

 

Les boîtes aux souvenirs de la bibliothèque de La Louvière

 

Gérard Buxin, de la bibliothèque de La Louvière, était le deuxième intervenant de la matinée. Il se consacre exclusivement aux animations hors les murs et c'est dans ce cadre qu'il a pu développer son projet de « boîtes aux souvenirs » inspirées de l'ouvrage d'Arlette Golberg (Réaliser une boîte souvenir : guide illustré. Les objets, supports de mémoire).


Après être brièvement revenu sur l'histoire et le développement des boîtes aux souvenirs en Europe, il nous explique la mise en place du projet qu'il mène depuis quelques années. Le premier partenariat mené avec un home louviérois s'est étalé sur une période d'environ un an et a rassemblé huit participants. L'initiative de Gérard Buxin se prolonge actuellement avec davantage de moyens, notamment humains.

 

La première étape des « Boîtes aux souvenirs » consiste en des ateliers de réminiscence : une fresque d'émergence est proposée aux résidents pour leur permettre d'écrire ou de dessiner leurs souvenirs. S'ensuivent des discussions qui permettent de démêler petit à petit les souvenirs et de fédérer le groupe. Chacun examine la fresque et est libre de s'exprimer sur ce qui lui a plu, déplu, ou ce qu'il n'a pas compris. Après 3 ou 4 ateliers, le groupe est prêt à passer à la confection physique de la boîte. Les souvenirs les plus marquants sont conservés et se retrouvent à l'intérieur des boîtes. Pour matérialiser les souvenirs, tous les objets sont les bienvenus, du bouchon en liège aux photos numérisées.

 

 boite1

 

boite2

 

Gérard Buxin revient sur l'enrichissement que procure la confection des boîtes, mais également sur les écueils à éviter. Le rôle des ateliers est de favoriser la réminiscence et non pas de constituer une activité thérapeutique. Toutefois, l'animateur est par là même amené à entendre et à « absorber » les histoires de l'un et de l'autre, joies comme peines. Gérard Buxin souligne donc l'importance de se faire accompagner lors de ces activités et de ne pas mener seul les ateliers. Il démontre aussi le grand intérêt du public pour les boîtes, comme en témoigne l'affluence lors des expositions qui ont eu lieu à la bibliothèque. Les ateliers ont donné à Gérard Buxin de nouvelles idées qu'il va bientôt développer, en lien avec les récits de vie.

 

 

La Voix est Livre à la bibliothèque de Nivelles

 

Marielle Vinckenbosch a ensuite abordé son projet de lecture à haute voix, intimement lié à son histoire personnelle. En effet, depuis son enfance, son rêve est celui d'exercer en tant que récitante. Quand son grand-père bibliophile est atteint de cécité, elle s'adonne à la lecture de textes à ses côtés et entre au Conservatoire Royal des Arts de la Parole de Bruxelles. Elle entame également un cursus en bibliothéconomie et, de fil en aiguille, décide d'imaginer un projet de promotion de la lecture hors les murs : la Voix est Livre prend forme.


Il s'agit d'un service de prêt de livres adaptés et de lectures à voix haute dans les homes pour personnes âgées. Marielle Vinckenbosch, désormais bibliothécaire à Nivelles, propose ce service hors les murs depuis une dizaine d'années. Pour elle, la lecture représente une nourriture intellectuelle essentielle qu'elle souhaite partager avec les publics empêchés. La qualité des textes est ici primordiale. Elle choisit des extraits vers lesquels le public n'irait pas spontanément, des textes qui bousculent et font réfléchir, ceux qui ouvrent des portes. Sa sélection varie de Cohen à Camus, de Tolstoï à Hugo, avec pour constante de « titiller l'intellect ». L'appréhension formelle des textes n'est pas pour autant complexe : elle démontre que les passages sont généralement facilement reçus et mènent à de riches discussions.


Marielle Vinckenbosch mêle aussi la musique et le visuel à ses lectures. Elle cite comme exemple une séance sur le thème de la peinture ayant mêlé des lettres de Van Gogh au film Séraphine, ou encore les contes de Perrault lus à la lumière des illustrations de Gustave Doré. Elle fait le lien entre tous les supports, montrant par exemple qu'un livre illustré n'est pas régressif et peut mener à des échanges variés. Et de conclure sur ses expériences en faveur des personnes âgées de la sorte : « On reste jeune à partir du moment où l'on apprend toujours quelque chose ».

 

 

Le public sénior et la lecture : l'exemple de Culture et Bibliothèque pour Tous

 

La journée s'est poursuivie avec l'intervention de Geneviève Leprince, coordinatrice du service santé – maisons de retraite de l'association Culture et Bibliothèque pour Tous (CBPT). Cette association française reconnue d'utilité publique rassemble plus de 6.000 bénévoles répartis dans les nombreuses bibliothèques CBPT du territoire.

 cbpt

 

Son constat de départ - corroboré par le rapport de l'Inspection générale des bibliothèques de 2012 (disponible en ligne) – est le suivant : les personnes âgées fréquentent peu les bibliothèques et peu d'initiatives leur sont dédiées, alors que l'utilité sociale des bibliothèques est reconnue. L'association souhaite donc travailler en faveur d'un accès facilité à la lecture pour les séniors. Dans ce cadre, deux publics sont à distinguer : les personnes à domicile et celles en établissement.

 

Dans le cas des séniors qui restent à leur domicile, Geneviève Leprince dégage plusieurs pistes, comme l'adaptation nécessaire de l'accès physique aux infrastructures et des horaires aménagés, ainsi que la mise à disposition de livres en large vision. Le portage à domicile commence à se développer en France, le prêt des livres audio est en croissance, par contre celui des livres numériques est encore très faible.

 

Geneviève Leprince s'attarde plus largement sur la catégorie des séniors en établissement. CBPT dispose d'environ 200 bibliothèques au sein même de maisons de repos, avec lesquelles des conventions sont établies. Elle revient d'abord sur les conditions nécessaires et souhaitables pour l'ouverture de ce type de structure dans les établissements, notamment en termes de locaux et de ressources matérielles. Ensuite, elle explique le fonctionnement des structures. Un local dédié à la bibliothèque permet aux résidents de sélectionner eux-mêmes les ouvrages qui les intéressent. Bien souvent, raconte Geneviève Leprince, les résidents ne font « que passer », n'avouant pas leur intérêt ou même leur curiosité, puis ils finissent par s'installer et par emprunter des livres. Les supports légers et courts sont privilégiés. En terme de contenu, il faut éviter les catégorisations, tout se prête : BD, revues, romans, biographies, etc. La bibliothèque interne s'adresse aussi au personnel des établissements, qui peut à son tour jouer le rôle de relais auprès des aînés. En parallèle du local, un service de prêt passe systématiquement toutes les semaines dans toutes les chambres. Ce service plus personnalisé, seule possibilité de contact avec beaucoup de personnes, permet de favoriser le dialogue et de mieux cerner les attentes de chacun des résidents. Dans les deux cas, l'intervenante souligne l'importance de toujours rappeler que l'emprunt est gratuit, sans quoi plus d'un résident refusera d'emblée toute proposition.

 

En plus du prêt, les bibliothèques en établissement développent des animations variées pour partager le plaisir du texte, pour distraire, pour inciter à la réflexion ou encore pour stimuler la mémoire. La mise en place de ces animations nécessite un véritable dialogue avec le personnel de l'établissement pour assurer des horaires et un local adaptés, ainsi que pour aider à inciter les résidents à participer aux activités. Geneviève Leprince expose de manière non exhaustive quelques exemples des animations menées par les bénévoles de CBPT :

  • Café littéraire autour d'un livre lu préalablement par un groupe de séniors ;
  • Rencontre autour d'un thème, ponctuée par des lectures d'extraits, des devinettes, des extraits musicaux et des quizz ;
  • Ateliers de contes ou de poésie, conférences sur des auteurs agrémentées de lectures d'extraits et de diapositives, poésie et musique ;
  • Lecture au chevet pour des personnes très fatiguées ou ne pouvant plus lire.

Le fonctionnement en réseau de l'association lui permet de mutualiser l'expérience des 950 bénévoles du secteur Santé et Séniors. Une plateforme se met en place pour centraliser les documents, fiches-animations et sélections de textes établies par les différentes équipes ; elle offre donc la possibilité de proposer des contenus variés et de qualité et de valoriser les travaux préparés par les différentes bibliothèques.

 

 


 

Présentation complète de l'intervention de Simon Leunis : disponible ici

 

Bibliographie sélective établie par Gérard Buxin : disponible ici 

 

Présentation complète de l'intervention de Geneviève Leprince : disponible ici

 

0
0
0
s2sdefault

Lettre d'information

Adresse e-mail :
S'abonner
 Se désabonner
 

Association Professionnelle des Bibliothécaires et Documentalistes.

Siège social : Chaussée de Charleroi, 85 à 5000 Namur

Bureau : rue Henri Lemaître 78 à 5000 Namur

Téléphone : 0472/94.12.05

Nous contacter 

Suivez-nous

facebook Facebook

google plus Google +

linkedin 1 Linkedin